02.25.08

Au coeur Dessein

Posted in Ex-centrique at 8:29 am by Azza

 

Brison

 

 

 

L’universalité chez les Saints

 

Celui qui est fixé sur telle adoration particulière ignore nécessairement (la vérité intrinsèque d’autres croyances), par là même que sa croyance en Dieu implique la négation d’autres formes de croyance. S’il connaissait le sens de la parole de Junayd : « La couleur de l’eau, c’est la couleur de son récipient », il admettrait la validité de toute croyance, et il reconnaîtrait Dieu en toute forme et tout objet de foi. C’est qu’il n’a pas la connaissance (de Dieu), mais se fonde uniquement sur l’opinion dont parle la parole divine : « Je me conforme à l’opinion que Mon serviteur se fait de Moi », ce qui veut dire : Je ne Me manifeste à Mon adorateur que sous la forme de sa croyance ; donc il généralise, s’il veut, ou qu’il détermine. La divinité conforme à la croyance est celle qui peut être défini, et c’est Elle, le Dieu que le cœur peut contenir(selon la parole divine : « Ni Mes cieux, ni Ma terre ne peuvent Me contenir, mais le cœur de Mon serviteur fidèle Me contient »). Car la divinité absolue ne peut être contenue par aucune chose, puisqu’Elle est l’essence même des choses et Sa propre essence.

 

Ibn Arabi

 

 

La femme et le chien

 

Le Prophète dit : « Il était une femme aux mœurs dépravées, pécheresse impudique, souillé. Un jour qu’elle traversait la campagne, elle aperçut sur son chemin un puits au bord duquel un chien haletait de soif, la langue pendante ; en toute tendresse, elle renonça à ce qu’elle avait à faire. Faisant de sa chaussure un seau, de son manteau une corde, elle puisa de l’eau et donna à boire au chien. Pour ce bienfait Dieu l’exalta dans les deux mondes. La nuit de mon ascension, je la vis, belle comme la lune, habitant le paradis. » Une femme dépravée reçut de Dieu une aussi grande récompense pour avoir donné à boire à un chien. Toi, si tu consoles un instant le cœur d’autrui, ta récompense sera plus grande que les deux mondes.

 

`Attar

 

 

La reponse de Dieu

 

Une nuit, un homme criait « Allah » jusqu’à ce que ses lèvres devinssent douces par Sa louange.
Le démon lui dit : « O homme de beaucoup de paroles, où est la réponse « Me voici » -labayka- à tous ces « Allah » ? Aucune réponse ne vint du trône divin. Combien de temps répéteras-tu « Allah » d’un air sombre ? »
Ces paroles brisèrent le cœur de l’homme. Il se coucha pour dormir et vit en rêve Khadir* dans la verdure qui lui dit : « Ecoute ; tu t’es arrêté de louer Dieu : pourquoi te repens-tu de L’appeler ? »
Il répondit : « Nul « Me voici » ne me parvient en réponse. Je crains d’être repoussé loin de la porte. »
Khadir répliqua : « Non, Dieu dit : « Ton Allah » est Mon « Me voici » ; et cette supplication, cette douleur, cette ferveur de toi est Mon messager vers toi. Ta crainte et ton amour sont le lasso qui saisit Ma grâce.
Sous chaque « O Seigneur » de toi est maint « Me voici » de Moi. »

 

Rûmi

 

* Khadir est le symbole du maître spirituel par excellence.

 

 

Prière de Râbi’a al-Adawiya

 

O mon Dieu Tu m’as réservé en fait de choses terrestres, donne-les à Tes ennemis ; et tout ce que Tu m’as réservé dans le monde avenir, donne-le à Tes amis ; car Tu me suffis.
O mon Dieu, si je T’adore par crainte de l’enfer, brûle-moi en enfer, et si je T’adore par espoir du paradis, exclue-moi du paradis ; mais si je T’adore uniquement pour Toi-même, ne me prive pas de ta beauté éternelle.
O mon Dieu, ma seule occupation et tout mon désir en ce monde, de toutes les choses créées, c’est de me souvenir de Toi, et dans le monde à venir, de toutes les choses du monde à venir ; c’est de Te rencontrer.
Il en est pour moi ainsi que je l’ai dit ; mais Toi, fais tout ce que Tu veux.

 

Râbi’a bint Ismâil al-‘Adawiya

 

 

L’âme de la prière

 

Quelqu’un demanda (au maître Djalâl ud-Dîn Rûmî) :
« Existe-t-il un chemin plus court que la prière pour approcher de Dieu ? »
Il répondit : « Encore la prière. Mais la prière n’est pas seulement cette forme extérieure. Ceci est le « corps » de la prière, parce que la prière formelle comporte un commencement et une fin, et chaque chose qui implique un commencement et une fin est un corps. Le Takbir* est le début de la prière et le Salam sa fin. De même, la profession de foi –Shahâda- n’est pas seulement ce que l’on dit avec les lèvres : car la shahâda a un commencement et une fin, et tout ce qui est exprimé par des lettres et des sons et qui a un commencement et une fin est une forme et un corps. Mais l’âme de la prière est inconditionnée et infinie, elle n’a ni commencement, ni fin. Enfin, ce sont seulement les prophètes (sur eux le salut !) qui ont apporté la prière, et le Prophète, qui nous l’a enseignée a dit : « J’ai des moments avec Dieu auxquels ni un prophète envoyé, ni un ange proche de Dieu ne peuvent atteindre ». Donc l’âme de la prière n’est pas seulement sa forme : elle prépare à l’absorption en Dieu et à la perte de conscience. Aussi toutes les formes demeurent-elles au dehors. Il n’y a pas de place dans l’âme, alors, même pour Gabriel, qui est un pur esprit. »

 

Rûmi

* Takbir est dans la prière la proclamation de la grandeur suprême de Dieu « Allahu Akbar »

 

 

Invocation

 

La science demeure dans le pensée; l’amour fait son nid dans le cœur vigilant. Si la science ne bénéficie pas de l’amour, elle n’est qu’un théâtre d’idées; ce spectacle n’est qu’une magie, comme celle de Sâmiri*, la science sans l’Esprit Saint n’est que sorcellerie. Sans la lumière divine, le sage ne trouve pas la voie, et meure écrasé sous le poids de ses propres imaginations. Sans la lumière de Dieu, la vie n’est que souffrance, la raison insensée, la religion une tyrannie. A ce monde de montagnes et de plaines, de mers et de déserts, nous demandons la vision, il nous répond : « Tradition ! ». Accorde une halte à ce cœur errant, redonne à la lune la plénitude de son éclat. Bien que ma terre ne fleurissent que des discours, le langage de la nostalgie n’a jamais de fin ! Sous cette voûte céleste, je me sens etranger : d’au-dela du firmament, redis-moi : « en vérité, je suis tout prêt de toi ».

 

Mohammed Iqbal

 

* Sâmiri selon la tradition musulmane fabriqua le veau d’or et égara les Hébreux en l’absence de Moise [ Q’ran XX / 85 ].

 

 

Les voies de l’amour

 

Il existe bien des chemins de recherche, mais la recherche est toujours la même. Ne vois-tu pas que les chemins qui conduisent à La Mecque sont divers, l’un venant de Byzance, l’autre de Syrie, et d’autres encore passant par la terre ou la mer ? Par conséquent, la distance de ces chemins à parcourir est chaque fois différente ; mais, lorsqu’ils aboutissent, les controverses, les discussions et les divergences de vues disparaissent, car les cœurs s’unissent… Cet élan du cœur n’est ni la foi, ni l’infidélité, mais l’amour.

 

Rûmi

 


Eva de Vitray-Meyerovitch © Anthologie du soufisme

 

 

02.09.08

1207 apres Jésus

Posted in Ex-centrique at 8:38 am by Azza

 

Le sens de l’amour chez Rûmi -Mowlânâ-

 

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Ecoute ce roseau comment il se plaint.
Il raconte l’histoire des séparations (en disant) :

Depuis qu’on m’a coupé de la roselière
Par mon chant, hommes et femmes gémissent.

Je souhaite (avoir) une poitrine écorchée par la séparation
Afin que je puisse décrire la douleur de l’attirance (vers mon Bien-Aimé).

Celui qui reste éloigné de ses origines
Recherche l’instant de l’union (avec Lui).

Chacun est devenu mon compagnon selon ma perception.
Personne n’a cherché (à connaître) mes secrets à l’intérieur de moi.

 

 

Il est difficile d’énoncer l’Amour:

L’Amour ne peut contenir dans le simple échange de la parole,
L’Amour est une mer au fond insondable,
On ne peut compter les gouttes de la mer,
Les sept Océans en comparaison sont une mer infime.
Si avec constance je décrivais l’Amour,
La résurrection arriverait cent fois
Que ceci demeurerait inachevé.

 

 

L’Amour du monde céleste sur le monde terrestre est descendu.
Il faut chercher ses traces dans la beauté des roseraies
Et dans le sacrifice des amoureux au cœur éperdu.

L’Amour, comme l’Esprit
Est étranger dans cette poubelle (qu’est le monde)
Comme l’Elu (de Dieu), il est venu se racheter.
Le printemps est caché mais observe ses traces :
Grâce à lui le jardin se mit à verdir et à bourgeonner.
Si tu ne vois pas l’Amour, regarde les amoureux,
A la manière de Mansour -Hallâj-,
Ils approchent gaiement du gibet.

 

 

Toutes les années d’une vie passées sans Amour,
Autrement dit dans l’inattention, n’ont pas de valeur.

La vie qui est passé sans Amour,
Ne la considère pas.
L’Amour est l’eau de jouvence,
Accueille-la dans le cœur et dans l’âme.
Lorsque l’Amour fait halte et depose son fardeau,
Chaque arbre verdit,
Les jeunes feuilles poussent à chaque souffle
Des vieilles branches.
Tu as détourné ta tête de Dieu,
As-tu trouvé un quelconque chemin ?
Retourne vers le Chemin,
Ne t’entête pas à partir sottement.

 

 

La force de l’Amour superficiel,
-Amour des gens du commun-
Est si mystérieuse que…

Une mère dont le cœur a été ravi
Devant la tombe de son enfant mort récemment,
S’évertue à dire des secrets :
Ce corps inanimé lui semble vivant.
Pour elle chaque atome de la poussière de la tombe
A des oreilles, a de l’intelligence
Quand elle se lamente.
Elle croit cette terre debout et vivante,
Elle reconnaît des yeux
Et des oreilles à cette poussière,
Sérieusement elle croit que cette terre l’écoute.
Regarde bien cet amour
Empreint des pouvoirs de magie.

 

 

Dans l’ordre de comparaison, Rûmi jauge ainsi
La supériorité de l’amoureux à l’homme raisonnable.

Hier soir ce compagnon paladin me disait :
« Le chien de l’amoureux vaut plus que le lion de l’intelligence. »

 

 

A présent, la cause et la raison profonde de cet Amour de l’homme pour l’homme, par la parole de l’amoureux.

Puisque je me suis vu épine,
Je me suis précipité vers la rose,
Puisque j’ai vu que j’étais aigre,
Je me suis mêlé au sucre,
J’étais un œil empli de douleur,
Je saisis le pan du manteau de Jésus,
Je me suis trouvé immature, je me suis accroché
A un homme mûri par l’expérience.
L’Amour me dit :
« Tu as raison, mais ne considère pas que c’est grâce à toi.
Je suis comme le vent, toi comme le feu,
C’est moi qui t’ai attisé ».

 

 

L’amoureux échappe au chaud et au froid,
Il est délivré du chagrin et de la joie.

Le jardin verdoyant de l’Amour qui est sans limite,
Contient à part le chagrin et la joie
Bien d’autres fruits ;
L’état amoureux est bien plus transcendant
Que ces deux sentiments,
En dehors du printemps et de l’automne,
Il est verdoyant et frais.

 

 

Le chemin le plus digne pour connaître et faire connaître l’Amour est de le distinguer de la raison.
Le rang de l’Amour est tel que la jambe de la raison s’y casse.

Donc qu’est-ce que l’Amour ? L’océan du néant.
Brisé y est le pas de la raison.

 

 

Pour les intérêts de ce monde, pour les convenances extérieures,
La naïveté et la nonchalance, autrement dis l’audace,
Sont l’affaire de l’Amour et non pas l’affaire de la Raison.

Raison jamais n’ira dans un chemin sans espoir.
Amour, la tête la première, va dans cette direction.
L’insouciant est l’Amour et non pas la Raison,
La Raison quant à elle cherche des sources de profit.

 

 

C’est pour cela que Mowlânâ avertit le groupe des cœurs purs et des épris d’Amour que couper avec les affaires de l’univers,
C’est-à-dire de renoncer à la vie de ce monde-ci
Et de mourir en Amour, est le chemin de leur délivrance.
C’est cette mort qui doit avoir lieu avant la disparition du corps qui signale la fin de la vie.

« Mourez, mourez en cet Amour,
Lorsque vous mourez, vous tous recevrez l’Esprit,
Mourez, mourez et n’ayez pas peur de cette mort
Car vous vous élèverez de cette terre
Et vous rejoindrez le ciel.
Mourez, mourez et coupez cette âme concupiscente
Car cette âme concupiscente est comme une chaîne,
Dont vous êtes le prisonnier.
Prenez une pioche dans la fosse de votre prison,
Soyez à l’affût dans la fosse de votre prison,
Lorsque vous serez arrivé à casser votre prison,
Vous serez tous des rois et des émirs.
Mourez, mourez et sortez de ce nuage,
Quand vous serez sortis de ce nuage,
La lune pleine, tous vous serez. »

 

 

Ouvrons le Livre du dedans car les disciples y ont rapporté ces paroles de Mowlânâ :

Au jour du jugement dernier,
Ils apportent
Les prières et les mettent sur une balance.
Ils apportent aussi
Les aumônes et les jeunes et les mettent sur la balance.
Mais lorsqu’ils présentent l’Amour (Mohabba),
Mohabba ne contient pas dans la balance,
Donc l’essentiel de toute chose est l’Amour.

 

 


Manijeh Nouri-Ortega © Edition Devry

 

09.30.07

Le Gulistan du poete

Posted in Ex-centrique at 8:06 am by Azza

Saadi et le jardin de rose -Gulistan-

 

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Devisant avec un ami je dis : « Je me tais délibérément parce qu’il m’apparaît que le bien et le mal viennent surtout de la parole et que c’est au mal que nos ennemis s’attachent. » Il répondit : « Le meilleur ennemi est celui qui ne voit pas le bien. »

Le méchant homme qui passe auprès d’un homme pieux
Traite ce dernier d’insolent menteur.
Pour celui qui a des préjugés,
Le mérite de l’homme pieux est un grand défaut.
Saadi est une rose, mais aux yeux de ses ennemis
Il est une épine.
Le soleil qui illumine le monde
Est détestable aux yeux de la taupe.

 

 

Je demandais à un Sage le sens de cette extrait de la Tradition du Prophète : « Ton pire ennemi c’est toi-même. » Il répondit : « L’explication, c’est que chaque ennemi traité par toi avec bonté devient ton ami, à l’exception de ton moi. Plus tu lui témoignes d’indulgence, plus il devient ton ennemi.

Un homme peut devenir d’un naturel angélique par frugalité.
Si tu mange comme une bête,
Tu tombera repu comme elle.
Celui dont tu satisfais les désirs obéira à tes ordres.
Le moi charnel, au contraire, multiplie les désirs au fur et à mesure qu’ils sont satisfaits.

 

 

Un homme psalmodiait le Qran d’une voix discordante. Un homme pieux lui demanda : « Quel est ton salaire ? » Il repondit « Rien. » « Pourquoi », demande le Sage « faire cela ? » « Je psalmodie pour l’amour de Dieu », repondit l’homme. « Alors », repliqua le Sage « pour l’amour de Dieu, tais-toi ! »

Si tu récite le Qran de cette façon,
Tu assombriras le cœur de l’Islam.

 

 

Lorsque j’etais enfant, je questionnai un savant au sujet de la puberté. Il repondit : « On lit dans les livres que la virilité commence à l’age de quinze ans, avec le desir sexuel et l’apparition de la barbe. Il y a cependant, en realité, un signe infaillible, et c’est quand le désir de satisfaire le Dieu Tout-Puissant est plus grand que ton désir de te satisfaire toi-même; quiconque n’a pas atteind cette qualité n’a pas encore atteint l’etat d’homme. »

Quarante jours sans être dérangé dans le sein, une goutte d’eau devient un homme;
Mais si un homme n’a ni la compréhension, ni l’éducation à quarante ans, il ne doit pas, en vérité, être appelé un homme.
La valeur, la bonté et l’humanité ne sont pas tout ce qui fait un être humain.
L’habileté est nécessaire pour dessiner une figure sur les murs en vermillons et vert-gris
Si un être humain n’as ni grâce, ni bienfaisance quelle est la différence entre l’homme et les images ?
Ce n’est pas un acte méritoire que d’amasser les richesses du monde;
Gagne un seul cœur si tu peux.

 

 

Quelqu’un demanda à Hassan Maimandi : « Comment se fait-il que le Sultan Mahmoud qui possède tellement d’esclave, plus belle les unes que les autres, préfère par-dessus toutes Ayas qui est loin d’etre la plus jolie ? » Il répondit : « Ne savez-vous pas que ce qui réjouit le cœur semble beau à l’œil ? »

Un regard mécontent pourrait enlaidir
Même le beau visage de Joseph.
Alors qu’un regard plein d’amour
Peut transformer un démon en ange.
L’homme qui a la faveur du Sultan,
Même s’il fait le mal, reste bon ;
Tandis que celui que le Sultan regarde plein de colère
Ne recevra pas la faveur des courtisans.

 

 

Le fils d’un grand homme mourut. On demanda à son père : « Qu’allons inscrire sur sa tombe ? » Il répondit : « Les versets du Livre sont d’une dignité et d’une noblesse trop élevée pour être écrits en de tels lieux, où le temps les effacera, sur lesquels les hommes marcheront, et que les chiens souilleront. Si quelque chose doit être écrit, ces couplets suffiront :

Combien mon cœur se réjouirait si la verdure devait toujours jaillir dans le jardin.
Passe, ô Ami.
Au printemps, tu verras la plante verte jaillir de ma glaise.

 

 

Le Prince désira voir la grande beauté de Leyla après avoir été informé de l’état d’affolement de Majnun, pour s’émerveiller lui aussi devant la cause de la distraction de ce dernier. Sur son ordre, on la fit chercher et on l’amena devant lui. Il vit une femme d’une stature élancée, à la peau noire, mais qui à ses yeux n’avait aucun intérêt comparée à ses propre esclaves, toutes plus belles et plus gracieuses. Majnun vit la surprise du Prince et dit:

« O Prince, tu devrais regarder Layla
avec les yeux de Majnun !
Tu ne peux apaiser ma peine;
Mon ami doit être un compagnon de douleur,
Afin de pouvoir conter mon histoire, jour et nuit,
Car deux morceaux de bois, ensemble,
Brûle avec plus de clarté.
Les pigeons du crépuscule se lamenteraient
S’ils apprenaient mon triste sort.
O ami, celui qui n’a pas ressenti les
Blessures de l’amour, que ne connaît-il
Souffrance des affligés !
Ceux qui ont le cœur libre
Ne connaissent pas les souffrances d’un cœur blessé.
Seuls ceux qui souffrent du même mal savent.
Cela ne sert à rien de décrire un frelon
A celui qui n’a jamais été piqué.
Jusqu’à ce que ton état soit pareil au mien,
Tu le trouveras étrange.
Ne compare pas la flamme qui me consume à
Celle qui en consume un autre;
Lui a du sel dans sa main; moi, j’ai du sel
Sur mes blessures. »

 

 

Un courtisan avait un fils qui montrait peu de dispositions.
Il le donna à élever à un savant.
“Instruisez les, dit-il, et peut-être qu’avec votre secours, il pourra devenir un savant lui même.”
Le précepteur lui donna tous ses soins; mais il y perdit sa peine, et, au bout de quelque temps, le renvoya à son père, en lui disant:
“Il est très sûr que votre fils ne deviendra jamais un savant mais il ne l’est pas que je ne devinsse pas moi-même un sot en continuant de l’enseigner.”
L’instruction ne porte du fruit qu’autant que la nature la féconde. Vous avez beau polir un méchant fer, il n’en devient pas meilleur .

Quand bien même vous mèneriez l’âne du Christ à La Mecque, de retour il serait toujours un âne.

 

 

On demanda à un Sage : « Dieu a crée plusieurs sortes différentes d’arbres, Il leur a fait porter des fruits et multiplier, et cependant aucun d’entre eux n’est appelé –libre- sauf le Cyprès. Quelle en est la raison ? » Il répondit : « Chaque arbre fleurit, porte des fruits et dépérit suivant les exigences des saisons, sauf le Cyprès : lui est toujours vert et frais car tel est l’état de ce qui est libre. »

N’attache pas ton cœur à des valeurs transitoires.
Longtemps après les Califes, le Tigre continuera à couler dans Bagdad.
Si tu le peux, sois généreux comme la datte;
Si tu ne peux pas, alors sois comme un Cyprès : Libre.

 


Traduction : Omar Ali Shah © Albin Michel 1991

 

 

09.07.07

Le jardin de roses

Posted in Ex-centrique at 5:52 pm by Azza


Saadi ou la conduite de la société et la sagesse des sages.

 


 

 

On demanda à un sage : « A quoi ressemble un sage qui prêche mais ne montre pas l’exemple ? »

Il répondit : « A une abeille sans miel. »

Dis à la guêpe traîtresse : « puisque tu ne donne pas de miel, ne pique pas non plus ! »

 

Il y a deux sortes de personne qui subissent inutilement de la peine et des malheurs : Celles qui amassent des biens et de la richesse et ne s’en serve pas, et celles qui acquièrent de l’expérience, mais ne l’utilise pas.

Quelque connaissance que tu puisses acquérir si tu ne t’en sert pas, autant rester ignorant.
Tu n’es ni un chercheur de vérité, ni un homme instruit, mais simplement un quadrupède qui transporte une charge de bouquins.
Une bête sans cervelle ne sait pas et se soucie fort peu de savoir si elle transporte un fagot ou de livres.

 

Apprendre est fait pour aider tes croyances, non pour jouir des choses de ce monde.

Celui qui vend ce qu’il a appris, son abstinence et sa dévotion, a récolté une moisson et la tout simplement brûlé.

 

Le chameau est connu pour sa docilité. Si un enfant prend sa longe et le conduit pendant cent parsangs, il le suivra ; mais si au bout de chemin dangereux se présente sur lequel il y a danger de destruction, il refusera d’aller plus loin. Comme dit le dicton : « Gentillesse en temps de sévérité ne vaut ». Un ennemi devient encore plus dangereux si on lui montre de la gentillesse.

Sois comme la poussière sous le pied de celui qui agit avec bonté à ton égard, mais lance-lui de la poussière aux yeux s’il agit avec hostilité.
Ne parle ni avec bonté ni avec gentillesse aux personnes dures, car le fer rouillé ne saurait être nettoyé par la lime.

 

Un homme de savoir qui ne possède aucune vertu est comme un porteur de torche aveugle : Il guide les autres mais lui-même n’a pas de guide.

Sans aucun profit passe la vie de celui qui n’amasse que son or.

 

Les sages sont la décoration d’un royaume et la religion atteint la perfection grace aux hommes vertueux. Les rois ont plus besoin des conseils des sages que les sages n’ont besoin du rang et de l’autorité.

Ecoute ce conseil, Ô Roi, un conseil meilleur que ceux inclus dans n’importe quel livre :
Ne confère de l’autorité qu’aux sages même si l’autorité n’est pas l’affaire des sages.


Img-Click: Miniature persane XVe © Saadi Albin Michel

 

 

07.20.07

L’ocean du néant

Posted in Ex-centrique at 3:42 am by Azza

 

 

 

Notre part sur terre

 

Dans l’éternité, le rayon
De ta beauté se mis à poindre.
L’amour parut. Il mit le feu
A tout l’univers alentour.

Alors l’ange aperçu ta face,
Mais il ne connaît pas l’amour.
Dieu, fou de colère, enflamma
Adam qui voulait le rejoindre.

La raison voulait allumer
Sa lampe à la flamme divine,
Mais l’éclaire du zèle de Dieu
Brilla, mit le monde à l’envers,

L’adversaire voulait venir
Voir le théâtre du mystère :
Une invisible main parut
Et le frappa sur la poitrine.

D’autre avaient tiré au sort
Leur part de bonheur sur la terre,
Mais mon triste cœur à tiré
Son lot d’affliction, au contraire.

L’âme sublime désirait
La fossette de ton menton,
Mais il lui fallut s’accrocher
Au voile de tes boucles sombres,

 

Hâfez, le jour où il écrit
Sa lettre de déclaration,
C’est alors qu’il a renoncé
A être heureux en ce bas monde.

 

Sur la voie

 

Tu verras les secrets de la coupe de Graal
En te poudrant les yeux du khol de la taverne.
Bois, fais de la musique : il faut bien te distraire
Et chasser de ton cœur ce qui lui fait si mal.

Veux-tu faire s’ouvrir la fleur de ton désir ?
Approche-la comme une brise printanière.
Mendier devant l’auberge est l’unique élixir
Qui puisse transmuter en or de la poussière.

Fais un pas vers l’escape de l’Amour. Crois-moi,
Tu auras grand profit à scruter l’invisible.
Toi qui est prisonnier dans le monde sensible,
Comment peux-tu savoir où se trouve la voie ?

La beauté de l’ami sans voile est l’Evidence,
Mais tu dois te frotter les yeux pour y voir clair.
Ecoute ! Si tu veux savourer la Présence,
Demande aux initiés leur grâce et leur faveur.

Si tu es attaché à la coupe et aux lèvres,
Jamais rien d’important ne se fait dans la fièvre.
O mon cœur, si tu sais quelle est la bonne voie,
Je peux jouer ma tête, ô mon cierge rieur !

 

Hâfez, écoute bien cette règle de joie :
La vérité t’attend, dans toute sa splendeur.

 

L’océan du néant

 

Que produit l’atelier de l’espace et du temps ?
Pas grand chose !

Buvons ! Quelle valeur ont les biens les plus grands ?
Pas grand chose !

Le Bien-Aimé nous tient le cœur, l’honneur et l’âme.
Sans Lui, l’unique objet, que sont l’âme et le cœur ?
Pas grand chose !

Laisse donc le Lotus, le Grand Arbre et leur ombre !
Que sont-ils, mon Cyprés, auprès de ta fraîcheur ?
Pas grand chose !

Si tu veux être riche, il faut calmer ton sang :
Car la peine et l’effort au Paradis ne sont
Pas grand chose.

Tu n’as plus que cinq jour à passer à l’étape :
Repose-toi ! Qu’est-ce donc que le temps qui passe ?
Pas grand chose.

Nous voici, échanson, sur le bord du néant.
Des lèvres à la bouche un espace s’étend ?
Pas grand chose.

Ne crois pas, ô dévot, échapper à Son zèle !
Quelle est la distance entre chrétiens et guèbres ?
Pas grand chose.

Je suis tout desséché, tellement faible et maigre
Est-il besoin d’explication ? Que faire enfin ?
Pas grand chose.

 

Hâfez est renommé. Mais, pour un libertin,
La balance entre perte et profit, n’est-ce rien ?
Pas grand chose…

 

Le lys pur

 

Le jardin invite au bonheur,
A l’agréable compagnie.
Bienvenue, ô saison des fleurs !
Voici le temps des beuveries.

La brise du matin apporte
Ses doux effluves à chacun.
Oh oui ! Oh oui ! Comme elle est douce,
L’odeur du souffle protecteur !

A peine est éclose la rose
Qu’elle chante un chant du départ :
Gémis donc, pauvre rossignol,
Car ton cri nous va droit au cœur.

Voici oiseau melodieux,
Pour toi une bonne nouvelle :
En amour, il faut bien gémir
Toute la nuit, ô triste amant !

Le bonheur ne s’achète pas
Au bazar du monde, ici bas :
Il se trouve dans les façons
Des voyous, des mauvais garçons.

Au lys pur j’ai entendu dire
–de ses lèvres à mon oreille–
Qu’il ne faut pas être chargé,
Dans le monde, ce vieux couvent.

 

O hâfez, le renoncement
Est le vrai chemin du bonheur.
Il faut bien te garder de croire
Que la vie des mondain soit bonne.

 

Le piège des cheveux

 

J’ai pris mon cœur dans tes cheveux,
Au filet de ton propre piège.
Tue-moi d’un clin d’œil, si tu veux :
Pas d’autre sort qui me convienne !

Si tu te trouve en mesure
De contenter notre désir,
Exauces-le, car tu feras
Une œuvre pie pour me servir.

Par ta vie ! O ma douce idole,
Je jure que, dans la nuit noire,
Comme un cierge je me consume :
Car je voudrais m’anéantir.

Lorsque tu me parle d’amour,
Rossignol, je te mets en garde :
La rose n’est qu’une égoïste
Qui ne pense qu’à son plaisir.

La fleur n’a pas besoin du musc
Du Turkestan ou de la Chine
Puisqu’elle abrite son parfum
Aux plis de son propre manteau.

Ne vas donc pas frapper à l’huis
Des possédants d’âmes mesquines :
Tu as sous ton toit le trésor
De tout le bonheur qu’il te faut.

 

Hâfez, tu brûles de passion.
Le jeu d’amour est un pari :
Tu restes fidèle à toi-même
Et bien ancré dans ton parti.


Vincent-Mansûr Monteil © Sindbab 1998

 

 

05.02.07

Nasurdin.. Ni queue ni tête…

Posted in Dédale, Ex-centrique at 11:44 pm by Azza

         

 

Idiot

Nasrudin va au moulin pour faire moudre son blé. En attendant son tour, il prend des poignées de grains d’autres sacs pour les mettre dans le sien. Le meunier remarque le manège et se met à crier après Nasrudin :

- Qu’est-ce que vous êtes en train de faire ?

- Je suis un idiot, et je fais ce qui me vient à l’esprit, répond Nasrudin.

- Vraiment, rétorqua le meunier. Alors pourquoi ne prenez-vous pas du blé de votre propre sac pour le mettre dans les autres ?

- Voyez-vous, dit Nasrudin calmement, je suis certes un idiot, mais pas à ce point là.

 

Le poid du mensonge

Nasrudin va au marché et y achète trois livres de viande pour faire le kebab de midi. Il demande à sa femme de la faire cuire : ils reçoivent des amis à déjeuner. Arrive l’heure du repas. Point de viande. Elle l’a mangée.
Nasrudin la questionne :

« Qu’est devenue la viande pour le kebab de midi ? »

« Le chat a tout mangé, dit-elle. Trois livres de bonne viande ! »

Nasrudin met le chat sur le plateau de la balance. L’animal pese trois livres.

« Si c’est le chat, dit-il, où est le kebab ? Et si c’est le kebab… où est le chat ? »

 

Question de fierté

Si vous dîtes quelque chose à quelqu’un de manière explicite, cela glissera sur lui et ne sera pas absorbé. Les exercices pratiques sont essentiels. Nasrudin répare le toit de sa maison. Un fakir lui crie, de la rue :

« Eh ! Nasrudin ! Descends ! »

Dès que le Mulla a posé le pied à terre, le fakir lui demande l’aumône.

« Pourquoi ne l’as-tu pas dit quand j’étais là-haut ?

- J’avais honte.

- Ah ! On a sa fierté ! Grimpons sur le toit ! »

Dès qu’ils ont atteint le sommet de la maison, Nasrudin se remet au travail ; puis, se tournant vers le fakir, il lui lance :

« Non, je ne te ferai pas l’aumône ».

 

Commerce équitable

Un pauvre homme passa à côté d’une échoppe où un beau et appétissant shish kebab était en train de rôtir et des keftas délicieux grésillaient dans l’huile en répandant des arômes irrésistibles. Il était trop démuni pour se payer de telles friandises et il n’acheta qu’une tranche de pain chez le boulanger d’en face. En reniflant ces odeurs délicieuses, il mangea son pain et rêva de festins.

Le patron de l’échoppe l’observa et à la fin lui demanda de payer.

« Ton pain a été plus succulent dans l’odeur de mes kebab et de ce fait tu dois payer » dit-il.

Comme l’homme refusait, le patron le tira devant le cadi, qui ce jour-la était notre Hodja.

Nasredine trancha vite: « Les biens dont on a fait usage doivent être payés. Toi, client, donne-moi ta bourse. »

Avec des larmes aux yeux, le pauvre homme lui donna tout ce qu’il lui restait d’argent.

« Maintenant, toi, vendeur, combien coûte une portion de ton kebab ? »
« Cinq aktche, juge.

Le Mullah prit cinq pièces de la petite bourse et appela le marchand à côté de lui. Il fit sonner les pièces dans sa main et demanda :

« Est-ce que tu reconnais le son ? Est-ce que l’argent est bon ? »

« Oui », dit le vendeur.

« Alors tu es payé » dit le Hodja. « Pour l’arôme de la nourriture tu as droit au son de l’argent. »

 

Où est la vérité ?

Le Mulla Nasrudin, perdu dans ses réflexions, descendait la rue du village, lorsque des garnements se mirent à lui jeter des pierres pour l’embêter. L’attaque l’avait pris au dépourvu, et il n’était pas homme à leur en imposer.

« Arrêtez et je vous dirais un secret ! » leur cria-t-il.

- D’accord, dis nous ton secret ! Mais pas de philosophie !

- L’Emir offre un festin à tous ceux qui se présenteront au palais. »

Les garnements s’éloignèrent en courant vers la demeure de l’Emir, tandis que Nasrudin s’animait peu à peu à l’idée des mets raffinés et des plaisirs de la fête… Levant les yeux, il vit les enfants disparaître dans le lointain. Brusquement il releva sa robe de soufi et se mit à courir sur leurs traces.

« Je ferais mieux d’aller voir, dit-il haletant : après tout, c’est peut-être vrai ! »

 

Quoique tu fasses..

Un jour, Hodja et son fils partirent en voyage. Hodja laissa son fils sur l’âne tandis qu’il marchait. Le long de la voie, ils croisent quelques personnes qui dirent :

« Regardez ce jeune garçon sur l’âne alors qu’il est en pleine santé! »

Le garçon laisse alors son père sur l’âne tandis qu’il marche à son côté. Bientôt ils rencontrent un autre groupe.

« Regardez-le pauvre petit garçon doit marcher tandis que son père est sur
l’âne. »

Alors, Hodja monte sur l’âne derrière son fils. Ils rencontrent bientôt un autre groupe de gens, qui dirent :

« Regardez ce pauvre âne! Il doit porter le poids de deux personnes. »

Hodja dit alors à son fils.

« La meilleure chose à faire pour nous est de marcher à côté de l’âne et de le mener.
Ainsi, personne ne pourra se plaindre. »

Ils ont continuèrent donc leur voyage à pied. De nouveau ils rencontrèrent quelques personnes qui dirent :

« Jetez juste un coup d’oeil à ces imbéciles. Ils marchent tous les deux sous ce soleil torride et aucun d’entre eux n’est sur l’âne. »

Exaspéré, Hodja souleva l’âne sur ses épaules et dit :

«Allons, si nous ne le faisons pas, les gens n’arrêteront jamais de parler.»

 

04.13.07

L’incroyable Mulla Nasrudin

Posted in Ex-centrique at 4:45 am by Azza

 


Ou l’art de la plaisanterie…


 

La pièce d’or.

Un jeune homme impétueux vint voir le Mullah Nasrudin tandis que celui-ci récurrait les sabots de son âne.

— Mullah lui dit ce dernier, voudrais-tu gagner de l’argent ?
— Non, répondit le Mullah sans même le regarder.

Le jeune homme, visiblement contrarié, s’approcha du Mullah.
— Mullah, je suis prêt à te donner cette pièce d’or si tu réponds à une question ?

Le Mullah se redressa en frétillant.
— Par Allah, certainement car j’aime les questions !
— Il s’agit d’une question que je me pose et aucune réponse que l’on m’a donné ne me convient.
— Pose ta question, fit le Mullah.
— Qu’est-ce que la Voie ?
Le Mullah prit la pièce et dit :
— Voilà ma réponse : regarde.

Nasrudin lança la pièce dans un étang proche empli de vase. La pièce brillante fut rapidement enfouie sous la vase et devenue invisible.

Mais tu es fou Mullah ! Cette pièce valait beaucoup d’argent !
— Peut-être, mais ma réponse valait largement le prix que tu as payé !

 

Ce qu’il coûte d’apprendre.

Il y a profit à apprendre quelque chose de nouveau », se dit Nasrudin.
Il va trouver un maître de musique :
« Je veux apprendre à jouer du luth. Combien cela me coûtera-t-il ?
— Pour le premier mois, trois pièces d’argent. Ensuite, une pièce d’argent par mois.

— Parfait ! Je commencerai le deuxième mois. »

 

Qui croire ?

Un voisin passe voir Nasrudin.
« Mulla, veux-tu me prêter ton âne ?
— Désolé, je l’ai déjà prêté. »
À ces mots, l’âne, qui se trouve dans l’écurie, se met à braire.
« Hé ! Mulla, ton âne est là, je l’entends !

— Un homme qui attache plus d’importance à ce que dit un âne qu’à ce que je dis, moi, ne mérite pas qu’on lui prête quoi que ce soit », fait Nasrudin, très digne, en lui fermant la porte au nez.

 

La porte du coeur…

Un philosophe qui voulait discuter avait pris rendez-vous avec Nasrudin. Il se rendit chez lui et ne trouva personne. Furieux, il se saisit d’un morceau de craie et écrivit sur la porte de Nasrudin :
“Idiot stupide”.
Dès qu’il fut de retour et qu’il lut ces mots, le Mulla se précipita chez le philosophe :
— J’avais oublié, lui dit-il, que vous deviez me rendre visite. Et je vous prie de m’excuser pour mon absence. Naturellement, je me suis tout de suite souvenu du rendez-vous quand j’ai vu que vous aviez laissé votre nom sur la porte !

 

Qui suis-je ?

Tout l’après-midi, Nasrudin s’est promené en compagnie de deux notables de la ville, l’imam et le kadi, mais l’heure est venue de se séparer.
— Tu es vraiment un homme surprenant, remarque le religieux. Parfois on dirait que tu es un filou capable de voler et de duper n’importe qui, et puis, quelques instants après, on croirait avoir affaire à un imbécile.
— Allons, Nasrudin, sois franc pour une fois, continue le magistrat, dis-nous donc qui tu es en réalité : un escroc, un idiot ?

— Cela dépend, répond Nasrudin, mais ce que je peux vous dire tout de même, chers amis, c’est qu’en ce moment je suis juste entre les deux !

 

03.18.07

Le chaos poetique

Posted in Dédale, Ex-centrique at 11:16 am by Azza

 

 

 

C’est le divin potier qui nous a fait d’argile,

avec des têtes à l’envers, comme des pots.

Puis il nous tourne et nous retourne, sans un mot,

et nous emplit le crâne de mélancolie.

Lorsque je suis à jeun, je me passe de joie.

Quand je suis ivre, je me sens tout abattu.

Entre ces deux états, je suis en bonne voie,

car de mon vice je fais une vertu.

A quoi bon sur ton sort, gémir, pleurer et geindre ?

Nul ne peut réclamer plus que son propre lot.

Le tien, depuis toujours, est écrit, pauvre sot.

Tu n’as ni plus, ni moins : cesse donc de te plaindre.

Si je pouvais saisir les tablettes du Sort,

comme j’y inscrirais tout ce que je désire !

J’effacerais toutes les peines, tous les torts,

je lèverais la tête et me mettrais à rire.

Ceux qui travaillent pour l’amour de l’intellect

perdent leur temps : un bœuf ne donne point de lait.

Mieux vaut prendre les oripeaux de la folie,

car, aujourd’hui, l’on vend, pour la raison, la lie.

Le jour qui est passé, il faut que tu l’oublies.

Celui qui va venir ? Va, n’y pense donc point.

Sois heureux, sans souci d’hier ou de demain.

Garde-toi de jeter aux quatre vents ta vie.

Quand je vois comme vont le monde et ses affaires,

je sens bien comme tout est vain et sans valeur.

Dieu soit loué, pourtant, car, au fond de mon cœur,

je sais combien je suis déçu sur cette terre.

Ce monde te convient, il te paraît plaisant ?

Pour t’attacher à lui, ce n’est pas suffisant.

Chaque homme, comme toi, vient ici puis repart :

Hâte-toi, avant de mourir, et prends ta part !

Le cycle de notre vie et de notre mort

N’a ni commencement ni fin, à vue humaine.

Aucun de nous ne sait quel bon vent nous amène

Ici-bas et, plus tard, nous ramène __ à quel port ?

La brise a déchiré la robe de la rose

Et l’on entend chanter la voix du rossignol.

Demeure donc assis à l’ombre de la rose,

Car elle va bientôt s’effeuiller sur le sol.

Je n’ai pas peur de m’en aller, car je préfère

Ma moitié d’au-delà à mon séjour sur terre.

Mon âme n’est qu’un prêt, que Dieu m’a consenti

Et qu’il me faudra rendre à mon heure dernière.

C’est le vin qui nous fait perdre notre arrogance

Et qui sais dénouer les nœuds avec aisance.

Si Satan avait bu tout juste un peu de vin,

Il eût, devant Adam, perdu toute insolence.

Toi, qui de l’univers en marche ne sais rien,

Tu es bati de vent : par suite, tu n’es rien.

Ta vie est comme un pont jeté entre deux vides :

Tu n’as pas de limite au milieu tu n’es rien.

Venus purs du néant, nous en partons impurs.

Venus heureux, nous repartons plein de misère.

L’eau des pleurs dans les yeux, au cœur un feu obscur,

Nous rendons l’âme à l’air et mourons dans la terre.

 

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