02.09.08

1207 apres Jésus

Posted in Ex-centrique at 8:38 am by Azza

 

Le sens de l’amour chez Rûmi -Mowlânâ-

 

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Ecoute ce roseau comment il se plaint.
Il raconte l’histoire des séparations (en disant) :

Depuis qu’on m’a coupé de la roselière
Par mon chant, hommes et femmes gémissent.

Je souhaite (avoir) une poitrine écorchée par la séparation
Afin que je puisse décrire la douleur de l’attirance (vers mon Bien-Aimé).

Celui qui reste éloigné de ses origines
Recherche l’instant de l’union (avec Lui).

Chacun est devenu mon compagnon selon ma perception.
Personne n’a cherché (à connaître) mes secrets à l’intérieur de moi.

 

 

Il est difficile d’énoncer l’Amour:

L’Amour ne peut contenir dans le simple échange de la parole,
L’Amour est une mer au fond insondable,
On ne peut compter les gouttes de la mer,
Les sept Océans en comparaison sont une mer infime.
Si avec constance je décrivais l’Amour,
La résurrection arriverait cent fois
Que ceci demeurerait inachevé.

 

 

L’Amour du monde céleste sur le monde terrestre est descendu.
Il faut chercher ses traces dans la beauté des roseraies
Et dans le sacrifice des amoureux au cœur éperdu.

L’Amour, comme l’Esprit
Est étranger dans cette poubelle (qu’est le monde)
Comme l’Elu (de Dieu), il est venu se racheter.
Le printemps est caché mais observe ses traces :
Grâce à lui le jardin se mit à verdir et à bourgeonner.
Si tu ne vois pas l’Amour, regarde les amoureux,
A la manière de Mansour -Hallâj-,
Ils approchent gaiement du gibet.

 

 

Toutes les années d’une vie passées sans Amour,
Autrement dit dans l’inattention, n’ont pas de valeur.

La vie qui est passé sans Amour,
Ne la considère pas.
L’Amour est l’eau de jouvence,
Accueille-la dans le cœur et dans l’âme.
Lorsque l’Amour fait halte et depose son fardeau,
Chaque arbre verdit,
Les jeunes feuilles poussent à chaque souffle
Des vieilles branches.
Tu as détourné ta tête de Dieu,
As-tu trouvé un quelconque chemin ?
Retourne vers le Chemin,
Ne t’entête pas à partir sottement.

 

 

La force de l’Amour superficiel,
-Amour des gens du commun-
Est si mystérieuse que…

Une mère dont le cœur a été ravi
Devant la tombe de son enfant mort récemment,
S’évertue à dire des secrets :
Ce corps inanimé lui semble vivant.
Pour elle chaque atome de la poussière de la tombe
A des oreilles, a de l’intelligence
Quand elle se lamente.
Elle croit cette terre debout et vivante,
Elle reconnaît des yeux
Et des oreilles à cette poussière,
Sérieusement elle croit que cette terre l’écoute.
Regarde bien cet amour
Empreint des pouvoirs de magie.

 

 

Dans l’ordre de comparaison, Rûmi jauge ainsi
La supériorité de l’amoureux à l’homme raisonnable.

Hier soir ce compagnon paladin me disait :
« Le chien de l’amoureux vaut plus que le lion de l’intelligence. »

 

 

A présent, la cause et la raison profonde de cet Amour de l’homme pour l’homme, par la parole de l’amoureux.

Puisque je me suis vu épine,
Je me suis précipité vers la rose,
Puisque j’ai vu que j’étais aigre,
Je me suis mêlé au sucre,
J’étais un œil empli de douleur,
Je saisis le pan du manteau de Jésus,
Je me suis trouvé immature, je me suis accroché
A un homme mûri par l’expérience.
L’Amour me dit :
« Tu as raison, mais ne considère pas que c’est grâce à toi.
Je suis comme le vent, toi comme le feu,
C’est moi qui t’ai attisé ».

 

 

L’amoureux échappe au chaud et au froid,
Il est délivré du chagrin et de la joie.

Le jardin verdoyant de l’Amour qui est sans limite,
Contient à part le chagrin et la joie
Bien d’autres fruits ;
L’état amoureux est bien plus transcendant
Que ces deux sentiments,
En dehors du printemps et de l’automne,
Il est verdoyant et frais.

 

 

Le chemin le plus digne pour connaître et faire connaître l’Amour est de le distinguer de la raison.
Le rang de l’Amour est tel que la jambe de la raison s’y casse.

Donc qu’est-ce que l’Amour ? L’océan du néant.
Brisé y est le pas de la raison.

 

 

Pour les intérêts de ce monde, pour les convenances extérieures,
La naïveté et la nonchalance, autrement dis l’audace,
Sont l’affaire de l’Amour et non pas l’affaire de la Raison.

Raison jamais n’ira dans un chemin sans espoir.
Amour, la tête la première, va dans cette direction.
L’insouciant est l’Amour et non pas la Raison,
La Raison quant à elle cherche des sources de profit.

 

 

C’est pour cela que Mowlânâ avertit le groupe des cœurs purs et des épris d’Amour que couper avec les affaires de l’univers,
C’est-à-dire de renoncer à la vie de ce monde-ci
Et de mourir en Amour, est le chemin de leur délivrance.
C’est cette mort qui doit avoir lieu avant la disparition du corps qui signale la fin de la vie.

« Mourez, mourez en cet Amour,
Lorsque vous mourez, vous tous recevrez l’Esprit,
Mourez, mourez et n’ayez pas peur de cette mort
Car vous vous élèverez de cette terre
Et vous rejoindrez le ciel.
Mourez, mourez et coupez cette âme concupiscente
Car cette âme concupiscente est comme une chaîne,
Dont vous êtes le prisonnier.
Prenez une pioche dans la fosse de votre prison,
Soyez à l’affût dans la fosse de votre prison,
Lorsque vous serez arrivé à casser votre prison,
Vous serez tous des rois et des émirs.
Mourez, mourez et sortez de ce nuage,
Quand vous serez sortis de ce nuage,
La lune pleine, tous vous serez. »

 

 

Ouvrons le Livre du dedans car les disciples y ont rapporté ces paroles de Mowlânâ :

Au jour du jugement dernier,
Ils apportent
Les prières et les mettent sur une balance.
Ils apportent aussi
Les aumônes et les jeunes et les mettent sur la balance.
Mais lorsqu’ils présentent l’Amour (Mohabba),
Mohabba ne contient pas dans la balance,
Donc l’essentiel de toute chose est l’Amour.

 

 


Manijeh Nouri-Ortega © Edition Devry

 

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