02.25.08

Au coeur Dessein

Posted in Ex-centrique at 8:29 am by Azza

 

Brison

 

 

 

L’universalité chez les Saints

 

Celui qui est fixé sur telle adoration particulière ignore nécessairement (la vérité intrinsèque d’autres croyances), par là même que sa croyance en Dieu implique la négation d’autres formes de croyance. S’il connaissait le sens de la parole de Junayd : « La couleur de l’eau, c’est la couleur de son récipient », il admettrait la validité de toute croyance, et il reconnaîtrait Dieu en toute forme et tout objet de foi. C’est qu’il n’a pas la connaissance (de Dieu), mais se fonde uniquement sur l’opinion dont parle la parole divine : « Je me conforme à l’opinion que Mon serviteur se fait de Moi », ce qui veut dire : Je ne Me manifeste à Mon adorateur que sous la forme de sa croyance ; donc il généralise, s’il veut, ou qu’il détermine. La divinité conforme à la croyance est celle qui peut être défini, et c’est Elle, le Dieu que le cœur peut contenir(selon la parole divine : « Ni Mes cieux, ni Ma terre ne peuvent Me contenir, mais le cœur de Mon serviteur fidèle Me contient »). Car la divinité absolue ne peut être contenue par aucune chose, puisqu’Elle est l’essence même des choses et Sa propre essence.

 

Ibn Arabi

 

 

La femme et le chien

 

Le Prophète dit : « Il était une femme aux mœurs dépravées, pécheresse impudique, souillé. Un jour qu’elle traversait la campagne, elle aperçut sur son chemin un puits au bord duquel un chien haletait de soif, la langue pendante ; en toute tendresse, elle renonça à ce qu’elle avait à faire. Faisant de sa chaussure un seau, de son manteau une corde, elle puisa de l’eau et donna à boire au chien. Pour ce bienfait Dieu l’exalta dans les deux mondes. La nuit de mon ascension, je la vis, belle comme la lune, habitant le paradis. » Une femme dépravée reçut de Dieu une aussi grande récompense pour avoir donné à boire à un chien. Toi, si tu consoles un instant le cœur d’autrui, ta récompense sera plus grande que les deux mondes.

 

`Attar

 

 

La reponse de Dieu

 

Une nuit, un homme criait « Allah » jusqu’à ce que ses lèvres devinssent douces par Sa louange.
Le démon lui dit : « O homme de beaucoup de paroles, où est la réponse « Me voici » -labayka- à tous ces « Allah » ? Aucune réponse ne vint du trône divin. Combien de temps répéteras-tu « Allah » d’un air sombre ? »
Ces paroles brisèrent le cœur de l’homme. Il se coucha pour dormir et vit en rêve Khadir* dans la verdure qui lui dit : « Ecoute ; tu t’es arrêté de louer Dieu : pourquoi te repens-tu de L’appeler ? »
Il répondit : « Nul « Me voici » ne me parvient en réponse. Je crains d’être repoussé loin de la porte. »
Khadir répliqua : « Non, Dieu dit : « Ton Allah » est Mon « Me voici » ; et cette supplication, cette douleur, cette ferveur de toi est Mon messager vers toi. Ta crainte et ton amour sont le lasso qui saisit Ma grâce.
Sous chaque « O Seigneur » de toi est maint « Me voici » de Moi. »

 

Rûmi

 

* Khadir est le symbole du maître spirituel par excellence.

 

 

Prière de Râbi’a al-Adawiya

 

O mon Dieu Tu m’as réservé en fait de choses terrestres, donne-les à Tes ennemis ; et tout ce que Tu m’as réservé dans le monde avenir, donne-le à Tes amis ; car Tu me suffis.
O mon Dieu, si je T’adore par crainte de l’enfer, brûle-moi en enfer, et si je T’adore par espoir du paradis, exclue-moi du paradis ; mais si je T’adore uniquement pour Toi-même, ne me prive pas de ta beauté éternelle.
O mon Dieu, ma seule occupation et tout mon désir en ce monde, de toutes les choses créées, c’est de me souvenir de Toi, et dans le monde à venir, de toutes les choses du monde à venir ; c’est de Te rencontrer.
Il en est pour moi ainsi que je l’ai dit ; mais Toi, fais tout ce que Tu veux.

 

Râbi’a bint Ismâil al-‘Adawiya

 

 

L’âme de la prière

 

Quelqu’un demanda (au maître Djalâl ud-Dîn Rûmî) :
« Existe-t-il un chemin plus court que la prière pour approcher de Dieu ? »
Il répondit : « Encore la prière. Mais la prière n’est pas seulement cette forme extérieure. Ceci est le « corps » de la prière, parce que la prière formelle comporte un commencement et une fin, et chaque chose qui implique un commencement et une fin est un corps. Le Takbir* est le début de la prière et le Salam sa fin. De même, la profession de foi –Shahâda- n’est pas seulement ce que l’on dit avec les lèvres : car la shahâda a un commencement et une fin, et tout ce qui est exprimé par des lettres et des sons et qui a un commencement et une fin est une forme et un corps. Mais l’âme de la prière est inconditionnée et infinie, elle n’a ni commencement, ni fin. Enfin, ce sont seulement les prophètes (sur eux le salut !) qui ont apporté la prière, et le Prophète, qui nous l’a enseignée a dit : « J’ai des moments avec Dieu auxquels ni un prophète envoyé, ni un ange proche de Dieu ne peuvent atteindre ». Donc l’âme de la prière n’est pas seulement sa forme : elle prépare à l’absorption en Dieu et à la perte de conscience. Aussi toutes les formes demeurent-elles au dehors. Il n’y a pas de place dans l’âme, alors, même pour Gabriel, qui est un pur esprit. »

 

Rûmi

* Takbir est dans la prière la proclamation de la grandeur suprême de Dieu « Allahu Akbar »

 

 

Invocation

 

La science demeure dans le pensée; l’amour fait son nid dans le cœur vigilant. Si la science ne bénéficie pas de l’amour, elle n’est qu’un théâtre d’idées; ce spectacle n’est qu’une magie, comme celle de Sâmiri*, la science sans l’Esprit Saint n’est que sorcellerie. Sans la lumière divine, le sage ne trouve pas la voie, et meure écrasé sous le poids de ses propres imaginations. Sans la lumière de Dieu, la vie n’est que souffrance, la raison insensée, la religion une tyrannie. A ce monde de montagnes et de plaines, de mers et de déserts, nous demandons la vision, il nous répond : « Tradition ! ». Accorde une halte à ce cœur errant, redonne à la lune la plénitude de son éclat. Bien que ma terre ne fleurissent que des discours, le langage de la nostalgie n’a jamais de fin ! Sous cette voûte céleste, je me sens etranger : d’au-dela du firmament, redis-moi : « en vérité, je suis tout prêt de toi ».

 

Mohammed Iqbal

 

* Sâmiri selon la tradition musulmane fabriqua le veau d’or et égara les Hébreux en l’absence de Moise [ Q’ran XX / 85 ].

 

 

Les voies de l’amour

 

Il existe bien des chemins de recherche, mais la recherche est toujours la même. Ne vois-tu pas que les chemins qui conduisent à La Mecque sont divers, l’un venant de Byzance, l’autre de Syrie, et d’autres encore passant par la terre ou la mer ? Par conséquent, la distance de ces chemins à parcourir est chaque fois différente ; mais, lorsqu’ils aboutissent, les controverses, les discussions et les divergences de vues disparaissent, car les cœurs s’unissent… Cet élan du cœur n’est ni la foi, ni l’infidélité, mais l’amour.

 

Rûmi

 


Eva de Vitray-Meyerovitch © Anthologie du soufisme

 

 

02.09.08

1207 apres Jésus

Posted in Ex-centrique at 8:38 am by Azza

 

Le sens de l’amour chez Rûmi -Mowlânâ-

 

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Ecoute ce roseau comment il se plaint.
Il raconte l’histoire des séparations (en disant) :

Depuis qu’on m’a coupé de la roselière
Par mon chant, hommes et femmes gémissent.

Je souhaite (avoir) une poitrine écorchée par la séparation
Afin que je puisse décrire la douleur de l’attirance (vers mon Bien-Aimé).

Celui qui reste éloigné de ses origines
Recherche l’instant de l’union (avec Lui).

Chacun est devenu mon compagnon selon ma perception.
Personne n’a cherché (à connaître) mes secrets à l’intérieur de moi.

 

 

Il est difficile d’énoncer l’Amour:

L’Amour ne peut contenir dans le simple échange de la parole,
L’Amour est une mer au fond insondable,
On ne peut compter les gouttes de la mer,
Les sept Océans en comparaison sont une mer infime.
Si avec constance je décrivais l’Amour,
La résurrection arriverait cent fois
Que ceci demeurerait inachevé.

 

 

L’Amour du monde céleste sur le monde terrestre est descendu.
Il faut chercher ses traces dans la beauté des roseraies
Et dans le sacrifice des amoureux au cœur éperdu.

L’Amour, comme l’Esprit
Est étranger dans cette poubelle (qu’est le monde)
Comme l’Elu (de Dieu), il est venu se racheter.
Le printemps est caché mais observe ses traces :
Grâce à lui le jardin se mit à verdir et à bourgeonner.
Si tu ne vois pas l’Amour, regarde les amoureux,
A la manière de Mansour -Hallâj-,
Ils approchent gaiement du gibet.

 

 

Toutes les années d’une vie passées sans Amour,
Autrement dit dans l’inattention, n’ont pas de valeur.

La vie qui est passé sans Amour,
Ne la considère pas.
L’Amour est l’eau de jouvence,
Accueille-la dans le cœur et dans l’âme.
Lorsque l’Amour fait halte et depose son fardeau,
Chaque arbre verdit,
Les jeunes feuilles poussent à chaque souffle
Des vieilles branches.
Tu as détourné ta tête de Dieu,
As-tu trouvé un quelconque chemin ?
Retourne vers le Chemin,
Ne t’entête pas à partir sottement.

 

 

La force de l’Amour superficiel,
-Amour des gens du commun-
Est si mystérieuse que…

Une mère dont le cœur a été ravi
Devant la tombe de son enfant mort récemment,
S’évertue à dire des secrets :
Ce corps inanimé lui semble vivant.
Pour elle chaque atome de la poussière de la tombe
A des oreilles, a de l’intelligence
Quand elle se lamente.
Elle croit cette terre debout et vivante,
Elle reconnaît des yeux
Et des oreilles à cette poussière,
Sérieusement elle croit que cette terre l’écoute.
Regarde bien cet amour
Empreint des pouvoirs de magie.

 

 

Dans l’ordre de comparaison, Rûmi jauge ainsi
La supériorité de l’amoureux à l’homme raisonnable.

Hier soir ce compagnon paladin me disait :
« Le chien de l’amoureux vaut plus que le lion de l’intelligence. »

 

 

A présent, la cause et la raison profonde de cet Amour de l’homme pour l’homme, par la parole de l’amoureux.

Puisque je me suis vu épine,
Je me suis précipité vers la rose,
Puisque j’ai vu que j’étais aigre,
Je me suis mêlé au sucre,
J’étais un œil empli de douleur,
Je saisis le pan du manteau de Jésus,
Je me suis trouvé immature, je me suis accroché
A un homme mûri par l’expérience.
L’Amour me dit :
« Tu as raison, mais ne considère pas que c’est grâce à toi.
Je suis comme le vent, toi comme le feu,
C’est moi qui t’ai attisé ».

 

 

L’amoureux échappe au chaud et au froid,
Il est délivré du chagrin et de la joie.

Le jardin verdoyant de l’Amour qui est sans limite,
Contient à part le chagrin et la joie
Bien d’autres fruits ;
L’état amoureux est bien plus transcendant
Que ces deux sentiments,
En dehors du printemps et de l’automne,
Il est verdoyant et frais.

 

 

Le chemin le plus digne pour connaître et faire connaître l’Amour est de le distinguer de la raison.
Le rang de l’Amour est tel que la jambe de la raison s’y casse.

Donc qu’est-ce que l’Amour ? L’océan du néant.
Brisé y est le pas de la raison.

 

 

Pour les intérêts de ce monde, pour les convenances extérieures,
La naïveté et la nonchalance, autrement dis l’audace,
Sont l’affaire de l’Amour et non pas l’affaire de la Raison.

Raison jamais n’ira dans un chemin sans espoir.
Amour, la tête la première, va dans cette direction.
L’insouciant est l’Amour et non pas la Raison,
La Raison quant à elle cherche des sources de profit.

 

 

C’est pour cela que Mowlânâ avertit le groupe des cœurs purs et des épris d’Amour que couper avec les affaires de l’univers,
C’est-à-dire de renoncer à la vie de ce monde-ci
Et de mourir en Amour, est le chemin de leur délivrance.
C’est cette mort qui doit avoir lieu avant la disparition du corps qui signale la fin de la vie.

« Mourez, mourez en cet Amour,
Lorsque vous mourez, vous tous recevrez l’Esprit,
Mourez, mourez et n’ayez pas peur de cette mort
Car vous vous élèverez de cette terre
Et vous rejoindrez le ciel.
Mourez, mourez et coupez cette âme concupiscente
Car cette âme concupiscente est comme une chaîne,
Dont vous êtes le prisonnier.
Prenez une pioche dans la fosse de votre prison,
Soyez à l’affût dans la fosse de votre prison,
Lorsque vous serez arrivé à casser votre prison,
Vous serez tous des rois et des émirs.
Mourez, mourez et sortez de ce nuage,
Quand vous serez sortis de ce nuage,
La lune pleine, tous vous serez. »

 

 

Ouvrons le Livre du dedans car les disciples y ont rapporté ces paroles de Mowlânâ :

Au jour du jugement dernier,
Ils apportent
Les prières et les mettent sur une balance.
Ils apportent aussi
Les aumônes et les jeunes et les mettent sur la balance.
Mais lorsqu’ils présentent l’Amour (Mohabba),
Mohabba ne contient pas dans la balance,
Donc l’essentiel de toute chose est l’Amour.

 

 


Manijeh Nouri-Ortega © Edition Devry