09.30.07

Le Gulistan du poete

Posted in Ex-centrique at 8:06 am by Azza

Saadi et le jardin de rose -Gulistan-

 

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Devisant avec un ami je dis : « Je me tais délibérément parce qu’il m’apparaît que le bien et le mal viennent surtout de la parole et que c’est au mal que nos ennemis s’attachent. » Il répondit : « Le meilleur ennemi est celui qui ne voit pas le bien. »

Le méchant homme qui passe auprès d’un homme pieux
Traite ce dernier d’insolent menteur.
Pour celui qui a des préjugés,
Le mérite de l’homme pieux est un grand défaut.
Saadi est une rose, mais aux yeux de ses ennemis
Il est une épine.
Le soleil qui illumine le monde
Est détestable aux yeux de la taupe.

 

 

Je demandais à un Sage le sens de cette extrait de la Tradition du Prophète : « Ton pire ennemi c’est toi-même. » Il répondit : « L’explication, c’est que chaque ennemi traité par toi avec bonté devient ton ami, à l’exception de ton moi. Plus tu lui témoignes d’indulgence, plus il devient ton ennemi.

Un homme peut devenir d’un naturel angélique par frugalité.
Si tu mange comme une bête,
Tu tombera repu comme elle.
Celui dont tu satisfais les désirs obéira à tes ordres.
Le moi charnel, au contraire, multiplie les désirs au fur et à mesure qu’ils sont satisfaits.

 

 

Un homme psalmodiait le Qran d’une voix discordante. Un homme pieux lui demanda : « Quel est ton salaire ? » Il repondit « Rien. » « Pourquoi », demande le Sage « faire cela ? » « Je psalmodie pour l’amour de Dieu », repondit l’homme. « Alors », repliqua le Sage « pour l’amour de Dieu, tais-toi ! »

Si tu récite le Qran de cette façon,
Tu assombriras le cœur de l’Islam.

 

 

Lorsque j’etais enfant, je questionnai un savant au sujet de la puberté. Il repondit : « On lit dans les livres que la virilité commence à l’age de quinze ans, avec le desir sexuel et l’apparition de la barbe. Il y a cependant, en realité, un signe infaillible, et c’est quand le désir de satisfaire le Dieu Tout-Puissant est plus grand que ton désir de te satisfaire toi-même; quiconque n’a pas atteind cette qualité n’a pas encore atteint l’etat d’homme. »

Quarante jours sans être dérangé dans le sein, une goutte d’eau devient un homme;
Mais si un homme n’a ni la compréhension, ni l’éducation à quarante ans, il ne doit pas, en vérité, être appelé un homme.
La valeur, la bonté et l’humanité ne sont pas tout ce qui fait un être humain.
L’habileté est nécessaire pour dessiner une figure sur les murs en vermillons et vert-gris
Si un être humain n’as ni grâce, ni bienfaisance quelle est la différence entre l’homme et les images ?
Ce n’est pas un acte méritoire que d’amasser les richesses du monde;
Gagne un seul cœur si tu peux.

 

 

Quelqu’un demanda à Hassan Maimandi : « Comment se fait-il que le Sultan Mahmoud qui possède tellement d’esclave, plus belle les unes que les autres, préfère par-dessus toutes Ayas qui est loin d’etre la plus jolie ? » Il répondit : « Ne savez-vous pas que ce qui réjouit le cœur semble beau à l’œil ? »

Un regard mécontent pourrait enlaidir
Même le beau visage de Joseph.
Alors qu’un regard plein d’amour
Peut transformer un démon en ange.
L’homme qui a la faveur du Sultan,
Même s’il fait le mal, reste bon ;
Tandis que celui que le Sultan regarde plein de colère
Ne recevra pas la faveur des courtisans.

 

 

Le fils d’un grand homme mourut. On demanda à son père : « Qu’allons inscrire sur sa tombe ? » Il répondit : « Les versets du Livre sont d’une dignité et d’une noblesse trop élevée pour être écrits en de tels lieux, où le temps les effacera, sur lesquels les hommes marcheront, et que les chiens souilleront. Si quelque chose doit être écrit, ces couplets suffiront :

Combien mon cœur se réjouirait si la verdure devait toujours jaillir dans le jardin.
Passe, ô Ami.
Au printemps, tu verras la plante verte jaillir de ma glaise.

 

 

Le Prince désira voir la grande beauté de Leyla après avoir été informé de l’état d’affolement de Majnun, pour s’émerveiller lui aussi devant la cause de la distraction de ce dernier. Sur son ordre, on la fit chercher et on l’amena devant lui. Il vit une femme d’une stature élancée, à la peau noire, mais qui à ses yeux n’avait aucun intérêt comparée à ses propre esclaves, toutes plus belles et plus gracieuses. Majnun vit la surprise du Prince et dit:

« O Prince, tu devrais regarder Layla
avec les yeux de Majnun !
Tu ne peux apaiser ma peine;
Mon ami doit être un compagnon de douleur,
Afin de pouvoir conter mon histoire, jour et nuit,
Car deux morceaux de bois, ensemble,
Brûle avec plus de clarté.
Les pigeons du crépuscule se lamenteraient
S’ils apprenaient mon triste sort.
O ami, celui qui n’a pas ressenti les
Blessures de l’amour, que ne connaît-il
Souffrance des affligés !
Ceux qui ont le cœur libre
Ne connaissent pas les souffrances d’un cœur blessé.
Seuls ceux qui souffrent du même mal savent.
Cela ne sert à rien de décrire un frelon
A celui qui n’a jamais été piqué.
Jusqu’à ce que ton état soit pareil au mien,
Tu le trouveras étrange.
Ne compare pas la flamme qui me consume à
Celle qui en consume un autre;
Lui a du sel dans sa main; moi, j’ai du sel
Sur mes blessures. »

 

 

Un courtisan avait un fils qui montrait peu de dispositions.
Il le donna à élever à un savant.
“Instruisez les, dit-il, et peut-être qu’avec votre secours, il pourra devenir un savant lui même.”
Le précepteur lui donna tous ses soins; mais il y perdit sa peine, et, au bout de quelque temps, le renvoya à son père, en lui disant:
“Il est très sûr que votre fils ne deviendra jamais un savant mais il ne l’est pas que je ne devinsse pas moi-même un sot en continuant de l’enseigner.”
L’instruction ne porte du fruit qu’autant que la nature la féconde. Vous avez beau polir un méchant fer, il n’en devient pas meilleur .

Quand bien même vous mèneriez l’âne du Christ à La Mecque, de retour il serait toujours un âne.

 

 

On demanda à un Sage : « Dieu a crée plusieurs sortes différentes d’arbres, Il leur a fait porter des fruits et multiplier, et cependant aucun d’entre eux n’est appelé –libre- sauf le Cyprès. Quelle en est la raison ? » Il répondit : « Chaque arbre fleurit, porte des fruits et dépérit suivant les exigences des saisons, sauf le Cyprès : lui est toujours vert et frais car tel est l’état de ce qui est libre. »

N’attache pas ton cœur à des valeurs transitoires.
Longtemps après les Califes, le Tigre continuera à couler dans Bagdad.
Si tu le peux, sois généreux comme la datte;
Si tu ne peux pas, alors sois comme un Cyprès : Libre.

 


Traduction : Omar Ali Shah © Albin Michel 1991

 

 

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