07.20.07
L’ocean du néant
Notre part sur terre
Dans l’éternité, le rayon
De ta beauté se mis à poindre.
L’amour parut. Il mit le feu
A tout l’univers alentour.Alors l’ange aperçu ta face,
Mais il ne connaît pas l’amour.
Dieu, fou de colère, enflamma
Adam qui voulait le rejoindre.La raison voulait allumer
Sa lampe à la flamme divine,
Mais l’éclaire du zèle de Dieu
Brilla, mit le monde à l’envers,L’adversaire voulait venir
Voir le théâtre du mystère :
Une invisible main parut
Et le frappa sur la poitrine.D’autre avaient tiré au sort
Leur part de bonheur sur la terre,
Mais mon triste cœur à tiré
Son lot d’affliction, au contraire.L’âme sublime désirait
La fossette de ton menton,
Mais il lui fallut s’accrocher
Au voile de tes boucles sombres,
Hâfez, le jour où il écrit
Sa lettre de déclaration,
C’est alors qu’il a renoncé
A être heureux en ce bas monde.
Sur la voie
Tu verras les secrets de la coupe de Graal
En te poudrant les yeux du khol de la taverne.
Bois, fais de la musique : il faut bien te distraire
Et chasser de ton cœur ce qui lui fait si mal.Veux-tu faire s’ouvrir la fleur de ton désir ?
Approche-la comme une brise printanière.
Mendier devant l’auberge est l’unique élixir
Qui puisse transmuter en or de la poussière.Fais un pas vers l’escape de l’Amour. Crois-moi,
Tu auras grand profit à scruter l’invisible.
Toi qui est prisonnier dans le monde sensible,
Comment peux-tu savoir où se trouve la voie ?La beauté de l’ami sans voile est l’Evidence,
Mais tu dois te frotter les yeux pour y voir clair.
Ecoute ! Si tu veux savourer la Présence,
Demande aux initiés leur grâce et leur faveur.Si tu es attaché à la coupe et aux lèvres,
Jamais rien d’important ne se fait dans la fièvre.
O mon cœur, si tu sais quelle est la bonne voie,
Je peux jouer ma tête, ô mon cierge rieur !
Hâfez, écoute bien cette règle de joie :
La vérité t’attend, dans toute sa splendeur.
L’océan du néant
Que produit l’atelier de l’espace et du temps ?
Pas grand chose !Buvons ! Quelle valeur ont les biens les plus grands ?
Pas grand chose !Le Bien-Aimé nous tient le cœur, l’honneur et l’âme.
Sans Lui, l’unique objet, que sont l’âme et le cœur ?
Pas grand chose !Laisse donc le Lotus, le Grand Arbre et leur ombre !
Que sont-ils, mon Cyprés, auprès de ta fraîcheur ?
Pas grand chose !Si tu veux être riche, il faut calmer ton sang :
Car la peine et l’effort au Paradis ne sont
Pas grand chose.Tu n’as plus que cinq jour à passer à l’étape :
Repose-toi ! Qu’est-ce donc que le temps qui passe ?
Pas grand chose.Nous voici, échanson, sur le bord du néant.
Des lèvres à la bouche un espace s’étend ?
Pas grand chose.Ne crois pas, ô dévot, échapper à Son zèle !
Quelle est la distance entre chrétiens et guèbres ?
Pas grand chose.Je suis tout desséché, tellement faible et maigre
Est-il besoin d’explication ? Que faire enfin ?
Pas grand chose.
Hâfez est renommé. Mais, pour un libertin,
La balance entre perte et profit, n’est-ce rien ?
Pas grand chose…
Le lys pur
Le jardin invite au bonheur,
A l’agréable compagnie.
Bienvenue, ô saison des fleurs !
Voici le temps des beuveries.La brise du matin apporte
Ses doux effluves à chacun.
Oh oui ! Oh oui ! Comme elle est douce,
L’odeur du souffle protecteur !A peine est éclose la rose
Qu’elle chante un chant du départ :
Gémis donc, pauvre rossignol,
Car ton cri nous va droit au cœur.Voici oiseau melodieux,
Pour toi une bonne nouvelle :
En amour, il faut bien gémir
Toute la nuit, ô triste amant !Le bonheur ne s’achète pas
Au bazar du monde, ici bas :
Il se trouve dans les façons
Des voyous, des mauvais garçons.Au lys pur j’ai entendu dire
–de ses lèvres à mon oreille–
Qu’il ne faut pas être chargé,
Dans le monde, ce vieux couvent.
O hâfez, le renoncement
Est le vrai chemin du bonheur.
Il faut bien te garder de croire
Que la vie des mondain soit bonne.
Le piège des cheveux
J’ai pris mon cœur dans tes cheveux,
Au filet de ton propre piège.
Tue-moi d’un clin d’œil, si tu veux :
Pas d’autre sort qui me convienne !Si tu te trouve en mesure
De contenter notre désir,
Exauces-le, car tu feras
Une œuvre pie pour me servir.Par ta vie ! O ma douce idole,
Je jure que, dans la nuit noire,
Comme un cierge je me consume :
Car je voudrais m’anéantir.Lorsque tu me parle d’amour,
Rossignol, je te mets en garde :
La rose n’est qu’une égoïste
Qui ne pense qu’à son plaisir.La fleur n’a pas besoin du musc
Du Turkestan ou de la Chine
Puisqu’elle abrite son parfum
Aux plis de son propre manteau.Ne vas donc pas frapper à l’huis
Des possédants d’âmes mesquines :
Tu as sous ton toit le trésor
De tout le bonheur qu’il te faut.
Hâfez, tu brûles de passion.
Le jeu d’amour est un pari :
Tu restes fidèle à toi-même
Et bien ancré dans ton parti.
Vincent-Mansûr Monteil © Sindbab 1998






