07.20.07

L’ocean du néant

Posted in Ex-centrique at 3:42 am by Azza

 

 

 

Notre part sur terre

 

Dans l’éternité, le rayon
De ta beauté se mis à poindre.
L’amour parut. Il mit le feu
A tout l’univers alentour.

Alors l’ange aperçu ta face,
Mais il ne connaît pas l’amour.
Dieu, fou de colère, enflamma
Adam qui voulait le rejoindre.

La raison voulait allumer
Sa lampe à la flamme divine,
Mais l’éclaire du zèle de Dieu
Brilla, mit le monde à l’envers,

L’adversaire voulait venir
Voir le théâtre du mystère :
Une invisible main parut
Et le frappa sur la poitrine.

D’autre avaient tiré au sort
Leur part de bonheur sur la terre,
Mais mon triste cœur à tiré
Son lot d’affliction, au contraire.

L’âme sublime désirait
La fossette de ton menton,
Mais il lui fallut s’accrocher
Au voile de tes boucles sombres,

 

Hâfez, le jour où il écrit
Sa lettre de déclaration,
C’est alors qu’il a renoncé
A être heureux en ce bas monde.

 

Sur la voie

 

Tu verras les secrets de la coupe de Graal
En te poudrant les yeux du khol de la taverne.
Bois, fais de la musique : il faut bien te distraire
Et chasser de ton cœur ce qui lui fait si mal.

Veux-tu faire s’ouvrir la fleur de ton désir ?
Approche-la comme une brise printanière.
Mendier devant l’auberge est l’unique élixir
Qui puisse transmuter en or de la poussière.

Fais un pas vers l’escape de l’Amour. Crois-moi,
Tu auras grand profit à scruter l’invisible.
Toi qui est prisonnier dans le monde sensible,
Comment peux-tu savoir où se trouve la voie ?

La beauté de l’ami sans voile est l’Evidence,
Mais tu dois te frotter les yeux pour y voir clair.
Ecoute ! Si tu veux savourer la Présence,
Demande aux initiés leur grâce et leur faveur.

Si tu es attaché à la coupe et aux lèvres,
Jamais rien d’important ne se fait dans la fièvre.
O mon cœur, si tu sais quelle est la bonne voie,
Je peux jouer ma tête, ô mon cierge rieur !

 

Hâfez, écoute bien cette règle de joie :
La vérité t’attend, dans toute sa splendeur.

 

L’océan du néant

 

Que produit l’atelier de l’espace et du temps ?
Pas grand chose !

Buvons ! Quelle valeur ont les biens les plus grands ?
Pas grand chose !

Le Bien-Aimé nous tient le cœur, l’honneur et l’âme.
Sans Lui, l’unique objet, que sont l’âme et le cœur ?
Pas grand chose !

Laisse donc le Lotus, le Grand Arbre et leur ombre !
Que sont-ils, mon Cyprés, auprès de ta fraîcheur ?
Pas grand chose !

Si tu veux être riche, il faut calmer ton sang :
Car la peine et l’effort au Paradis ne sont
Pas grand chose.

Tu n’as plus que cinq jour à passer à l’étape :
Repose-toi ! Qu’est-ce donc que le temps qui passe ?
Pas grand chose.

Nous voici, échanson, sur le bord du néant.
Des lèvres à la bouche un espace s’étend ?
Pas grand chose.

Ne crois pas, ô dévot, échapper à Son zèle !
Quelle est la distance entre chrétiens et guèbres ?
Pas grand chose.

Je suis tout desséché, tellement faible et maigre
Est-il besoin d’explication ? Que faire enfin ?
Pas grand chose.

 

Hâfez est renommé. Mais, pour un libertin,
La balance entre perte et profit, n’est-ce rien ?
Pas grand chose…

 

Le lys pur

 

Le jardin invite au bonheur,
A l’agréable compagnie.
Bienvenue, ô saison des fleurs !
Voici le temps des beuveries.

La brise du matin apporte
Ses doux effluves à chacun.
Oh oui ! Oh oui ! Comme elle est douce,
L’odeur du souffle protecteur !

A peine est éclose la rose
Qu’elle chante un chant du départ :
Gémis donc, pauvre rossignol,
Car ton cri nous va droit au cœur.

Voici oiseau melodieux,
Pour toi une bonne nouvelle :
En amour, il faut bien gémir
Toute la nuit, ô triste amant !

Le bonheur ne s’achète pas
Au bazar du monde, ici bas :
Il se trouve dans les façons
Des voyous, des mauvais garçons.

Au lys pur j’ai entendu dire
–de ses lèvres à mon oreille–
Qu’il ne faut pas être chargé,
Dans le monde, ce vieux couvent.

 

O hâfez, le renoncement
Est le vrai chemin du bonheur.
Il faut bien te garder de croire
Que la vie des mondain soit bonne.

 

Le piège des cheveux

 

J’ai pris mon cœur dans tes cheveux,
Au filet de ton propre piège.
Tue-moi d’un clin d’œil, si tu veux :
Pas d’autre sort qui me convienne !

Si tu te trouve en mesure
De contenter notre désir,
Exauces-le, car tu feras
Une œuvre pie pour me servir.

Par ta vie ! O ma douce idole,
Je jure que, dans la nuit noire,
Comme un cierge je me consume :
Car je voudrais m’anéantir.

Lorsque tu me parle d’amour,
Rossignol, je te mets en garde :
La rose n’est qu’une égoïste
Qui ne pense qu’à son plaisir.

La fleur n’a pas besoin du musc
Du Turkestan ou de la Chine
Puisqu’elle abrite son parfum
Aux plis de son propre manteau.

Ne vas donc pas frapper à l’huis
Des possédants d’âmes mesquines :
Tu as sous ton toit le trésor
De tout le bonheur qu’il te faut.

 

Hâfez, tu brûles de passion.
Le jeu d’amour est un pari :
Tu restes fidèle à toi-même
Et bien ancré dans ton parti.


Vincent-Mansûr Monteil © Sindbab 1998

 

 

07.14.07

Seducere

Posted in Le presse citron at 7:29 am by Azza

 

Un petit condensé paru sur un hors série du nouvel observateur de juillet 2001, avec un role de premier ordre dans le jeu social, la Séduction.

 

 

 

 

 

 

 

La tyrannie de l’ego.

 

Quelle image souhaitons nous offrir aux autres ? c’est la question la plus fondamentale de l’identité, contrairement au passé, l’identité était figée dans la sphère sociale et l’objectif était de tenir son rang pour correspondre le plus possible aux attentes.
Aujourd’hui, elle est définie par le sujet lui-même et dans cette bataille de tous les instants, qui nécessite un travail sur soi permanent nous assistons à une compétition généralisée; que serait l’arme de séduction pour l’intérêt, ou plus basique, la simple attention, cette séduction identitaire tend à faire accepter une certaine image de soi pour forger l’idéal que l’on renvoie en renforçant l’estime de soi à travers le regard de l’autre. Dans cette Mimêsis, plus l’interaction est brève, plus la caricature et la réduction est forte, même après des années de mariage, le conjoint est toujours perçu et enfermé par la catégorisation de l’image qu’il offre de lui. La séduction serait en somme une tyrannie de l’effort parce qu’elle génère fatigues et angoisses, mais aussi [parce qu’il ne faut surtout pas oublier le revers de la médaille] un bonheur, car elle nous amène aussi à exprimer ce qu’il y a de meilleur en nous.

 

 

 

La séduction.

 

Séduire “seducere” (tirer à l’écart) en opposition à “conducere” (conduire ensemble), la séduction consiste à attirer à soi, amener vers un ailleurs pour y tisser des résonances intimes, comme pour ramener à sa propre énigme et se revêtir de sa dimension animale ou sensuelle aussi bien que spirituelle, qui ouvrirait au mystère et à l’altérité. La séduction suppose aussi la capacité d’offrande de soi au monde qui fait d’elle d’être perçu comme une chose sacrée par laquelle on se laisserait volontiers happer par le mystère de l’autre, dans ce qui serait l’émanation la plus raffiné de la culture.
Ce qui nous séduit dans l’autre, c’est qu’il est le lieu de votre secret, le lieu de ce qui vous échappe, par ou vous vous échappez, et échapper à votre propre vérité. Non pas le lieu du désir mais celui du vertige à l’endroit ou ce produit l’éclipse (apparition / disparition) dans la présence de l’autre par laquelle nous nous absentons de notre propre vide.
Le pire que l’on puisse redouter dans la séduction ce serait justement la perte du sens de ce même mystère.

 

 

 

Le séducteur, la séductrice.

 

La volonté de séduire c’est-à-dire de dominer par désir d’appropriation de l’autre, car bien souvent ce n’est jamais innocent, séduire comme pour investir un lieu en conquérant.
Mais qui le sait ? Pour être de ceux là, il vous faudra renoncer au secret, à la pudeur quitte à piller sa propre intériorité dans la peur panique qu’est la fuite dans le paraître et feras tombé inévitablement dans l’excès que serait le gaspillage de soi, vous laissera un goût amer dans la bouche, de l’échec dans la construction du scénario que le beau parleur façonne et vomi. La modernité du spectacle a fait de nous des séducteurs par obligation au travers du règne de la transparence généralisé, à tout cela on devrait dire non, préférer le calme et l’indifférence de ceux qui se moquent de séduire, et qui grâce à ça, séduisent.