04.13.07
Posted in Ex-centrique
at 4:45 am
by Azza
Ou l’art de la plaisanterie…

La pièce d’or.
Un jeune homme impétueux vint voir le Mullah Nasrudin tandis que celui-ci récurrait les sabots de son âne.
— Mullah lui dit ce dernier, voudrais-tu gagner de l’argent ?
— Non, répondit le Mullah sans même le regarder.
Le jeune homme, visiblement contrarié, s’approcha du Mullah.
— Mullah, je suis prêt à te donner cette pièce d’or si tu réponds à une question ?
Le Mullah se redressa en frétillant.
— Par Allah, certainement car j’aime les questions !
— Il s’agit d’une question que je me pose et aucune réponse que l’on m’a donné ne me convient.
— Pose ta question, fit le Mullah.
— Qu’est-ce que la Voie ?
Le Mullah prit la pièce et dit :
— Voilà ma réponse : regarde.
Nasrudin lança la pièce dans un étang proche empli de vase. La pièce brillante fut rapidement enfouie sous la vase et devenue invisible.
—Mais tu es fou Mullah ! Cette pièce valait beaucoup d’argent !
— Peut-être, mais ma réponse valait largement le prix que tu as payé !
Ce qu’il coûte d’apprendre.
Il y a profit à apprendre quelque chose de nouveau », se dit Nasrudin.
Il va trouver un maître de musique :
« Je veux apprendre à jouer du luth. Combien cela me coûtera-t-il ?
— Pour le premier mois, trois pièces d’argent. Ensuite, une pièce d’argent par mois.
— Parfait ! Je commencerai le deuxième mois. »
Un voisin passe voir Nasrudin.
« Mulla, veux-tu me prêter ton âne ?
— Désolé, je l’ai déjà prêté. »
À ces mots, l’âne, qui se trouve dans l’écurie, se met à braire.
« Hé ! Mulla, ton âne est là, je l’entends !
— Un homme qui attache plus d’importance à ce que dit un âne qu’à ce que je dis, moi, ne mérite pas qu’on lui prête quoi que ce soit », fait Nasrudin, très digne, en lui fermant la porte au nez.
La porte du coeur…
Un philosophe qui voulait discuter avait pris rendez-vous avec Nasrudin. Il se rendit chez lui et ne trouva personne. Furieux, il se saisit d’un morceau de craie et écrivit sur la porte de Nasrudin :
“Idiot stupide”.
Dès qu’il fut de retour et qu’il lut ces mots, le Mulla se précipita chez le philosophe :
— J’avais oublié, lui dit-il, que vous deviez me rendre visite. Et je vous prie de m’excuser pour mon absence. Naturellement, je me suis tout de suite souvenu du rendez-vous quand j’ai vu que vous aviez laissé votre nom sur la porte !
Qui suis-je ?
Tout l’après-midi, Nasrudin s’est promené en compagnie de deux notables de la ville, l’imam et le kadi, mais l’heure est venue de se séparer.
— Tu es vraiment un homme surprenant, remarque le religieux. Parfois on dirait que tu es un filou capable de voler et de duper n’importe qui, et puis, quelques instants après, on croirait avoir affaire à un imbécile.
— Allons, Nasrudin, sois franc pour une fois, continue le magistrat, dis-nous donc qui tu es en réalité : un escroc, un idiot ?
— Cela dépend, répond Nasrudin, mais ce que je peux vous dire tout de même, chers amis, c’est qu’en ce moment je suis juste entre les deux !
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04.12.07
Posted in Le presse citron
at 4:27 am
by Azza

Etendard pourri du fatalisme et de la réaction.
Qu’ils sont nombreux et laids, ces ternes lieux communs qui servent d’ersatz de conscience politique, de substitut de pensée à ceux qui ont peur du changement, et qui tiennent lieu de prétexte à ceux qui ont tout intérêt à ce que les autres ne pensent pas !
En plongeant une main dégoûtée dans le sac à vomi [1] des idées-qui-n’en-sont-pas, on trouve - comble de bonheur ! - soigneusement rangé entre “les abstentionnistes font le jeu du FN” et “de toutes façons, y’aura toujours des pauvres et des riches” le non moins célèbre ” l’Homme est pourri, c’est la nature qui veut ça, et t’y changeras que dalle avec tes p’tits papiers à la con, pôv’ blaireau…“.
Ha !
Implacable argument qui claque dans ta petite gueule d’anarcho de merde, et qui laisse flotter derrière lui une odeur fétide. Ca sent le fatalisme stérile, l’aigreur. Ca sent la peur de prendre son futur en main. « Ca sent la trouille, Rémi ! » [2]
Pourtant, le futur que tu avais habilement suggéré à ton interlocuteur (après lui avoir copieusement bourré la gueule pour qu’enfin, il t’écoute) il avait pas l’air dégueulasse, ça l’avait même laissé rêveur : des histoires de « décider-tous-ensemble-de ce-qu’on-va-faire », des… « machins générales », là, et pis, « plus de misère, plus de patron qui t’aboie sur la gueule », « des oiseaux qui chantent et des femmes qui courent nues dans les champs »… (Il faut parfois savoir user de rhétorique pour parvenir à ses fins). Mais soudain, alors que tu t’apprêtais à lui pleurer doucement dans les bras en l’appelant « compagnon », et à lui agrafer une étoile noire et rouge sur son bleu d’ouvrier, voila qu’il est pris d’un sursaut d’effroi qui étouffe en lui toute velléité révolutionnaire :
“Mais t’es pas bien, ta ! L’Homme, il est mauvais ! C’est dans sa nature ! Y’aura toujours des guerres, du fric et des gens qui veulent le pouvoir ! ” [3]
Et merde. Le con.
“Mais si, ’tain, r’gard’ Jeanine et Maurice, y sont d’accord avec moi ! Même le mec à la télé, là ! Même le pape ! Même le martien que j’ai croisé hier soir en rentrant du bistrot, y’m’l’a dit !“… [3]
Et pour cause.
Voici le résultat des efforts conjugués des profiteurs, des médias qui distillent leur soupe empoisonnée, des philosophes aigris, des politicards de tous bords et des curetons de tous poils (qui ont d’ailleurs réussi à persuader des générations entières de crédules fidèles qu’ils étaient pourris jusqu’à la moelle parce qu’un abruti avait croqué dans une pomme. Allez comprendre…).
Bref, tout un ramassis de parasites qui ont tout intérêt à ce que l’Ordre reste l’Ordre, et que ceux qui les subissent ne se rendent pas soudainement compte que la Liberté, c’est bien plus que les miettes qu’on leur jette à la face d’un air condescendant.
La « nature humaine ». Ben tiens ! L’argument lui même est creux, sous ses dehors philosophico-scientifiques. Comme si la connerie et le pouvoir étaient génétiquement codés ! Non , messieurs dames : la connerie, ça s’apprend, ça se travaille, ça se manipule !
L’être humain, contrairement aux autres animaux -c’est pas du spécisme, je connais des animaux très sympas- est majoritairement déterminé (si l’on excepte ses fonctions strictement biologiques) par ce qu’il apprend. On appelle ça l’acquis. Si !
L’ensemble des marqueurs caractéristiques d’un individu, notamment son comportement en tant qu’ « être social », se constitue à partir de la structure socio-culturelle dans laquelle il évolue depuis sa naissance. Entendons par là la cellule familiale, les proches, l’école, le boulot, le PMU “chez Jean Louis”, bref, le système, en règle générale. Tout ce qui est d’ordre psychologique, moral, comportemental chez un individu est donc à mettre en rapport avec son milieu et pas avec cette prétendue nature humaine qui sert de justificatif aux pourfendeurs de la révolution.
En gros, si les rapports sociaux développés par l’Homme sont souvent basés sur la domination ou la soumission, ce n’est pas le fruit d’un quelconque déterminisme biologique, mais bien le résultat du bourrage de crâne méthodique opéré sur l’individu depuis son plus jeune âge.
Le pouvoir, la hiérarchie, tu les prends dans la gueule ; que ce soit ta famille, ton prof ou ton patron qui te les inculque. Et petit à petit, tu intègres ces valeurs, et tu les appliques.
Si on te répète dix, quinze fois par jour que toute ta vie tu seras un crevard, que tu dois accepter de te laisser marcher sur la gueule par certains et de marcher sur celles des autres afin de mener à bien ta sacro-sainte ascension sociale, tu vas finir par l’accepter comme quelque chose d’à la fois normal et inexorable.
“Et ouais, mon pote, la nature humaine…“
Cette soit disant méchanceté innée, cette épouvantable nature qui réduirait à néant toute volonté de s’organiser de façon horizontale, égalitaire et libertaire n’est en fait que le produit de l’entérinement par l’individu de l’ensemble des “valeurs” pourries qui caractérisent toute structure socio-politique basée sur l’oppression.
Et ça change toute la donne, concernant cette prétendue immuabilité de notre condition, voués à être asservis ou à asservir, car ce que l’on a appris, on peut le désapprendre.
Ca s’appelle la prise de conscience. Mieux qu’une douche froide. C’est pas facile, mais ça marche et ça fait du bien. Lucide. Tu te rends compte qu’il y a du boulot mais aussi qu’il existe des choses biens, simples et justes qui méritent d’être défendues : La solidarité. La liberté. La vie . Pas la vie sous plastique, pleine de notre petit confort de consommateur moyen occidental. Pas les devises illusoires inscrites sur des pièces de monnaies de prétendues démocraties.
Pas la nature humaine. Des choses vraies.
Et ça te donne de la rage, bordel, et du cœur au ventre, plus que tous les fouets du grand Kakapital !
Ca te donne la force de lutter pour qu’arrive le jour du grand soir, inexorablement.
A la sociale !
Satan Bush / 1 koin

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